Guide pratique de pacification

Guide pratique de “pacification” à l’usage des commandants de sous-quartier

Commandement supérieur militaire

Xe Région Militaire

Bureau psychologique

Ramener le calme et la pais sur cette portion de terre française ne peut être le seul fait de la Force. Il faut avant tout ramener la paix dans les cœurs et dans les esprits.

Une telle tâche demande beaucoup de persévérance, beaucoup d’amour et une foi ardente en l’avenir de notre pays.

Je suis certain que vous trouverez dans ce guide tous les conseils qui vous permettront de réussir dans cette œuvre magnifique

Le général d’armée Salan.

 

Avant-propos

Commandants de Compagnie, de Batterie, ou d’Escadron…

Commandant de sous-quartier.

Cet opuscule a été rédigé à votre intention.

Notre but n’a pas été de vous imposer un « papier de plus ».

Il est au contraire, de vous guider dans la partie de votre tâche qui, dans ce cas particulier du maintien de l’ordre en Algérie, se révèle comme essentielle, et à laquelle, cependant, vous étiez peu préparés.

Sans action psychologique vos efforts militaires – et vos sacrifices – seraient voués à la stérilité ; la rébellion renaitrait de ses cendres ; une poignée de meneurs ambitieux, haineux, et sans scrupules, parviendraient à détacher de la France une population inconsciente pour la précipiter dans la misère et l’anarchie.

Notre but n’est pas de vous pousser à user de mensonges et d’artifices.

Il est au contraire, de vous montrer comment faire éclater aux yeux de la population musulmane les vérités qui, seules, peuvent la ramener – dans l’ordre et la dignité – sur la voie du progrès, de la vraie liberté et de la prospérité.

Face à la haine, faites preuve d’amour.

Face au mensonge, imposez la vérité.

Face à la terreur, ramenez la confiance.

Sur vos épaules pèse déjà tout le poids de tâches et de responsabilités multiples.

Loin de vous en imposer une nouvelles, nous avons voulu placer entre vos mains ce levier qui les rendra, toutes, plus légères.

Suivez avec confiance la voie qui vous est tracée. C’est elle qui vous conduira vers l’aube nouvelle d’une Algérie renaissante et d’une France reconnaissante.

Qu’est-ce que la « pacification » ?

a)      Quel est notre but ?

« rapprocher les deux communautés locales en leur redonnant confiance l’une dans l’autre et toute les deux dans la mMétropole » (directive générale n°1 du Ministre en date du 19 mai 1956).

b)     Comment pacifier ?

Le processus de la pacification consiste à :

  • Découvrir au sein de la population la minorité qui nous est encore ouvertement favorable,
  • Contrôler la majorité « attentiste » en l’amenant à :

Donner des renseignements sur les rebelles,

Assurer sa propre défense

Prendre parti pour la solution française

  • Réduire la minorité hostile

c)      Quels sont les agents de la pacification ?

Tout bon français peut être un agent de pacification.

Tout militaire doit être un agent de pacification.

La troupe doit donc être l’outil de la pacification dans les mains du commandement.

d)     Quels sont les moyens de pacification ?

Ce sont :

  • Les « contacts humains »,
  • La propagande,
  • Les actes de pacification.

Comment forger l’outil de pacification ?

« Il s’agit de faire comprendre à chaque soldat qu’il doit fournir, outre l’action purement militaire, une action psychologique qui n’est pas moins importante et qui s’exerce par des contacts humains ».

Le ministre résidant.

Votre première tâche sera faire de chacun de vos hommes un agent de pacification ;

Pour cela, il faut :

  • les informer des problèmes de l’Algérie. (causerie d’information hebdomadaire)
  • les former sur le plan psychologique. (Étude détaillée des Directives et procédés d’actions dans le Sous-quartier).

Ensuite, vous passerez à l(action en déterminant :

  • des missions (ou objectifs) psychologiques réondant à un plan d’action mûri et s’appliquant à la totalité de la population du Sous-Quartier.
  • Des secteurs d’action assurant la répartition de ces missions entre les unités du Sous-quartier (section, groupe, équipes).

Cette action doit être entretenue et stimulée par l’émulation entre les équipes. Dans ce but, vous organiserez des discussions fréquentes (au moins hebdomadaires sur :

  • les résultats obtenus,
  • les réussites,
  • les échecs,
  • les erreurs commises.

Ainsi, chacun sera convié à participer, de cœur et d’esprit, à la tâche commune dont il doit comprendre le but et la grandeur.

Comment réaliser le « contact humain » ?

a)      Condition essentielle à remplir : Rassurer la population.

Pour cela vous devez :

  • la protéger,
  • la visiter fréquemment,
  • lui apporter votre aide,
  • respecter ses coutumes.

Vous devez, dans un premier temps, viser le contact individuel et, dans un deuxième temps le contact collectif.

b)     Le contact individuel :

  • Adresser la parole «  gentiment » à tout homme ou enfant rencontré.
  • Lui demander son nom, ce qu’il fait, où il va, d’où il vient, comment va sa famille (et non sa femme), si la récolte a été bonne, s’il connait la France, etc… etc…
  • Si l’on a affaire à un ancien combattant ou à un ouvrier ayant travaillé en métropole, le faire parler de la France, des villes qu’il connait, de ses campagnes.
  • Les jeunes appelés apprendront rapidement les quelques mots d’arabe qui faciliteront ce premier contact[1]. Jamais un arabe ne se moque d’un français parlant sa langue avec difficulté.

c)      Le contact collectif

Le contact collectif sera réalisé progressivement en passant par exemple, de l’individu à la famille, de l’enfant au jeu d’équipe (équipes mixtes troupe-population). Les femmes, les malades, les vieillards seront attirés au poste de secours par le médecin.

Le commandant de Sous-Quartier visitera les marchés.

Petit à petit doit être créé le climat de sympathie et de confiance favorable à la première réunion publique.

La propagande

a)      Pour porter ses fruits, la propagande doit être permanente et progressive,

  • insidieuse et non brutale,
  • adaptée à l’auditoire,
  • appuyée par des arguments simples et des preuves contrôlables.

b)     La propagande individuelle :

Tout militaire, et à fortiori tout officier, est, en Algérie, « un missionnaire de la France ».

C’est d’abord sur notre attitude que la population, qui nous observe, nous juge. Cette attitude devra donc révéler la correction dans la tenue et la bienveillance dans nos propos et dans nos actes.

Nous devons faire preuve de la sérénité que nous apportent la confiance dans le succès final et notre foi dans les destinées de la France.

Ces conditions étant remplies nous serons écoutés et entendus, et chaque homme pourra devenir un agent de propagande.

Cette propagande consistera à développer au cours des contacts individuels les thèmes qui seront étudiés sous la direction des cadres au cours de réunions à prescrire au même titre que l’éducation physique ou le maniement des armes. Ces thèmes se répandront dans la population sous forme de rumeurs et de slogans.

Les réunions devront être au moins hebdomadaires[2].

c)      La propagande collective :

L’action sur la masse donne la portée la plus considérable à la propagande.

Mais comment créer cette masse ?

Vous saisirez d’abord toutes les occasions où la foule se rassemble d’elle-même, par exemple, les marchés, les cérémonies, les fêtes.

Ensuite, et surtout, vous provoquerez des rassemblement par l’organisation de séances publiques.

d)     Les séances publiques

Les séances publiques devront être organisées régulièrement, au moins une fois par semaine.

Elles rassembleront les hommes et les enfants d’un village ou d’un groupe de villages. Veiller surtout à la présence des jeunes gens, éléments le plus actif de la population.

Le choix du lieu, du jour, et de l’heure a une grande importance.

Chacune des séances, d’une durée maximum d’une heure, comprendra obligatoirement (fiches établies par la direction des affaires politiques du gouvernement général) :

  • Une partie distractive pour créer le climat favorable :
  • disques arabes,
  • musique militaire,
  • chœurs,
  • saynètes à thèmes constructif.

Cette partie sera éxécutée d’abord par la troupe. Vous amenerez ainsi, progressivement, la population à y participer.

  • Une partie éducative (hygiène) pour que l’auditoire sente que l’on s’intéresse à lui autrement que du seul point de vue politique (les rebelles eux-mêmes font des cours d’hygiène aux populations).
  • Quelques minutes de détente : cigarette, bonbons, chœurs, musique.
  • Une partie propagande : Développer les thèmes généraux correspondant à l « vague considérée. Ajouter des arguments et des exemples locaux. Distribuer des tracts de la main à la main, et les commenter.
  • Une partie information : explication des mesures politiques et administratives prises sur le plan général et sur le plan local. Commentaires sur les travaux des champs, la récolte, les travaux en cours.
  • Un résumé lapidaire des points principaux à retenir et des résolutions prises.

e)    L’organisation matérielle des séances doit être étudiée dans les moindres détails.

Vous aurez à prévoir :

  • La mise en place d’une protection discrète du rassemblement.
  • La présence d’une partie de la troupe (sans arme apparente) mêlée à la foule et discutant avec elle avant la séance et pendant les pauses.
  • Les slogans à lancer.
  • La brigade des applaudissements.
  • La participation d’un interprète local à choisir parmi la population et à renouveler fréquemment pour « engager » le plus grand nombre possible.
  • La mise en place, face à l’auditoire, de banderoles portant les principaux slogans développés au cours de la séance.
  • – si possible, l’utilisation de moyens de diffusions sonore (les femmes, qui se tiennent à l’écart des rassemblement masculins, sont cependant avides d’entendre).

f)       Comment « entretenir » la propagande ?

Ici, vous aurez à faire preuve de volonté et d’ingéniosité. Pour que la propagande porte, il faut qu’elle frappe l’esprit en permanence.

  • Vous placerez aux lieux de rassemblement des panneaux d’information où seront affichés :
  • des photographies ( au besoin, découpées dans les journaux),
  • des tracts,
  • des avis à la population,
  • le bilan de vos succès.
  • Vous ferez peindre, en grande lettres, des slogans sur :
  • Les bâtiments,
  • Les rochers,
  • Les fontaines.
  • Il faut amener la population à peindre elle-même ces slogans sur les voies publiques et sur ses propres habitations.
  • Vous suspendrez en travers des lieux de passage fréquentés des banderolles portant des slogans.
  • Vous reproduirez à la machine à écrire des tracts et des papillons exploitant, sur l’heure, un fait local.

Les actes de pacification

L’image, le tract, le slogan, c’est bien.

La parole, c’est mieux.

Mais ce sont surtout nos actes qui rendront confiance à la population, qui l’engageront à nos côtés, qui l’amèneront finalement à participer à la remise en ordre du pays et à reconstruire la communauté franco-musulmane sur des bases nouvelles. (Loi dit de « participation active », loi fondamentale de laction de propagande).

Quelles sont les idées directrices qui devront vous conduire à concevoir et à réaliser ces actes de pacification ?

  1. Tout d’abord, montrer à la population que nous voulons lui porter secours :
  • travaux rémunérés, d’intérêts local,
  • réquisition rémunérée d’animaux de transport,
  • secours médical,
  • intervention pour règlement de question d’intérêt personnel (pension – indemnité – renseignements),
  • ouverture des écoles (avec un instituteur militaire en cas de besoin),
  • aide aux victimes des rebelles (reconstruction – nourriture – moisson, etc…).

Cette phase soutenue par la propagande, doit conduire la population à donner des renseignements sur les rebelles.

  1. En possession de ces renseignements, faire tomber l’obstacle constitué par l’armature et la propagande rebelle, c’est-à-dire arrestation des membres de l’organisation rebelle. Ce travail sera facilité par le recensement de la population et l’établissement des cartes d’identité (avec photo gratuites).
  2. Ensuite, ne craignant plus les dénonciations, la population devra être entraînée progressivement à participer, d’abord sans armes, au maintien de l’ordre :
  • garde mixte accès au village,
  • Guides pour les patrouilles de nuit,
  • Participation aux patrouilles et à la fouille du terrain.
  1. Ainsi « engagée », la population doit être conduite à élire ses représentants uprès de l’autorités administrative et militaire. Cette action doit être menée en accords étroit avec les autorités administratives et Officiers SAS qui ont reçu des directives à cet effet.
  2. C’est alors le moment de montrer à la population que l’on a confiance en elle :
  3. Armes confiées pour les opérations du maintien de l’ordre, mais réintégrées après chaque sorties.
  4. Armement conservé de nuit dans les maisons.
  5. Remise officielle et définitive des armes.

Erreurs à éviter

Vos longs et patients efforts peuvent être annihilés par une seule maladresse !

Vous vous débattez – avec des moyens bien limités, nous le savons – au milieu de soucis, de difficultés, de déceptions.

Conservez toujours votre sang-froid. Suivez une ligne de conduite bien réfléchie. Gardez les yeux fixés sur le but à atteindre.

Voici les erreurs que vous devez éviter à tout prix :

Les blessures d’amour propre.

Un musulman est susceptible pour tout ce qui touche à sa famille, à ses coutumes et à sa religion.

Respectez les femmes, les usages coraniques, les convictions personnelles.

Evitez les airs supérieurs et condescendants.

Les exactions.

Vous êtes là pour maintenir l’ordre.

Respectez les personnes et les biens. Réparez, dans la mesure du possible, les dommages causés.

La précipitation.

L’action psychologique doit être lente et progressive. Un retour en arrière, un coup de barre à droite ou à gauche, une contradiction, ont les effets les plus facheux.

Les promesses non tenues

Mesurez bien ce que vous pouvez faire. Ne promettez pas davantage. Réalisez fermement.

La faiblesse

Tout individu que vous aurez reconnu coupable – avec preuve à l’appui – à l’égard des lois françaises doit être arrêté, et remis aux autorités compétentes.

Vous ne pouvez pas faire montre d’indulgence qu’à l’égard de ceux qui, ayant joué un rôle de comparses, font preuve d’un repentir sincère en dénonçant leurs chefs et leurs complices.

L’injustice.

Ne frappez qu’à coup sûr. Et ne frappez que des coupables.

Vos soupçons doivent se transformer en conviction par une observation patiente des agissements suspects. L’action judiciaire ne peut être déclenchée que sur un chef d’accusation valable.

L’utilisation des indésirables.

Pour réaliser vos contacts avec la population, vous aurez besoin de collaborateurs, d’intermédiaires, d’interprètes. Leur choix a une importance capitale aux yeux de la population. Evitez de remettre en vedette des caïds concussionnaires ou des fonctionnaires de moralité douteuse qui ont été le plus souvent la cause même du mécontentement de la population. Découvrez le maximum d’hommes « neufs ».

Appuyez-vous sur des hommes sincères et honnêtes, qui ne craignent pas de vous dire ce que pense la population.

Vous serez ainsi mieux soutenus que par des quémandeurs et des lécheurs de bottes.

Les erreurs techniques.

Pas de slogans trop long (il n’est pas lu).

Pas de slogan négatif (il sera retourné contre vous).

Pas de panneau d’information sans photographies (il n’intéresse plus personne).

Pas de tract répandu au hasard (rechercher le procédé le plus efficace – contrôler les effets).

Votre action se place dans un cadre général

  • Ne faites pas « cavalier seul ».
  • Si votre soif d’action vous pousse à des initiatives hardies, ne mettez pas pour autant la charrue avant les bœufs.
  • Etablissez soigneusement votre plan d’action en fonction de l’état d’esprit de la population, de vos possibilités et des directives du commandement.
  • Sollicitez l’avis des autorités administratives et de l’officier SAS qui disposent des moyens d’information que vous n’avez pas.
  • Soumettez au commandant de quartier les mesures que vous préconisez en fonction des directives reçues.
  • Tenez-vous en contact étroit avec vos voisins pour tenir compte de leurs réussites et de leurs échecs.
  • Faites bon accueil à l’officier itinérant qui viendra, sur place, vous donner des conseils pratiques et procéder à des démonstrations de propagande.
  • Lisez « contact » qui est rédigé dans le seul but de vous aider.
  • Faites connaître à tous, par ce même intermédiaire, le fruit de vos réflexions et de votre expérience.
  • Ne négligez pas, si vous quittez votre commandement, de renseigner très exactement votre successeur sur l’État de la pacification dans votre Sous-Quartier et les réalisations en cours. Cela vous sera facile si, comme vous devez le faire, vous avez ouvert un cahier portant vos projets, vos réalisations, les renseignements de toute nature et un fichier sur les éléments les plus intéressant de la population.

Connaissez-vous l’adversaire ?

Vous ne pouvez pas remplir votre mission sans être très au fait de l’articulation rebelle. Soyez convaincu que, si elle n’est pas réalisée, les rebelles cherchent à la mettre en place.

Soyez convaincus également que, si vous l’avez détruite partiellement ou en totalité, elle cherche à se reconstituer.

Vous devez donc, patiemment et méthodiquement, chercher à la détecter et à la détruire.

Quelle est l’articulation rebelle ?

  1. En principe se trouve à la tête de chaque Kisma (secteur) ou chaque Nahia (région)[3]

Un chef politico militaire, représentant le FLM, et qui dispose de trois adjoints chargés respectivement :

  • des liaisons et renseignements,
  • des opérations militaires,
  • du rôle politique.
  1. Le chef militaire commande :
  • soit une Ferka (section de 35 hommes répartis en 3 groupes,
  • soit une Katiba (compagnie) de 110 hommes constituant 3 sections,
  • soit plus rarement, un Failak (bataillon) de 350 hommes répartis en 3 compagnies.
  1. Le commissaire politique : est chargé de la mise en place dans chaque village, mechta, douar :
  • Du comité des 3, dont il désigne les membres. Ce comité préside aux destinées de la « cellule FLN ».
  • De « l’assemblée du peuple » comprenant :

– un président (choisi parmi le comité des 3),

– 4 membres élus sur une liste établie par le préésident.

  • Les responsabilités sont réparties comme suit :

– État civil et hygiène,

– questions culturelles et justice,

– Affaires financières et économiques,

– Sécurité, eaux et forêts.

Le commissaire politique est chargé « d’éduquer la masse ».

Il a pour mission de faire échec à notre propagande qui « s’efforce d’isoler le peuple de la rébellion ».

Il agit en vue de la collecte des fonds et du ravitaillement des rebelles.

Il est tenu de passer une fois par quinzaine dans chaque village pour faire une réunion de propagande.

Le collecteur d’impôts est, en même temps, agent de diffusion des tracts.

 

Conditions de ralliement des rebelles

Le 30 octobre 1956, le président du Conseil et le Ministre Résidant ont lancé simultanément un appel aux populations musulmanes d’Algérie. Le ministre Résidant s’est adressé, en termes, aux rebelles :

« le gouvernement invite, à nouveau, solennellement, les rebelles à cesser le feu pour mettre fin à une trop longue effusion de sang. A ceux qui répondront à cet appel, la République garantit la sauvegarde de leur personne et de leurs biens.

L’heure des illusions est passée. Celle de la réconciliation a sonné. »

Comment devez vous comprendre et appliquer les mesures consécutives à cet appel ?

  1. Conditions générales :

I – la reddition doit être un acte volontaire comportant la remise d l’arme ou, à défaut, un témoignage non équivoque de sincérité.

II – Lorsque vous avez reconnu la sincérité de la reddition, vous délivrez à l’intéressé une attestation provisoire, valable jusqu’à une date limite et renouvelable. Elle vaut fiche d’identité provisoire. Elle sert de sauf-conduit à l’intéressé.

L’attestation provisoire doit préciser l’endroit où l’intéressé a déclaré fixer sa résidence avec votre agrément.

Vous devez étudier la possibilité de regrouper les ralliés qui le désiraient en vue de les protéger, peut-être par un système d’auto-défense, et éventuellement, de les utiliser.

Vous adressez aussitôt au préfet, par la voie hiérarchique, une copie de l’attestation provisoire.

III – Le préfet consulte alors les autorités judiciaires, politicières et militaires en vue de savoir si elles ne font pas, à la reddition, une opposition qui serait alors soumise au Ministre Résidant.

IV – L’attestation provisoire entraîne, jusqu’à sa date limite, les effets ci-après :

  1. La non-ouverture d’une information.
  2. En cas de poursuites déjà engagées, la mainlevée du mandat et le maintient en liberté provisoire.
  3. Pour un contumax, la suspension de toute action.

V – Lorsque la reddition est acceptée par l’autorité qualifiée (préfet), celle-ci remplace l’attestation provisoire par un document définitif.

VI – Si, en raison de la nature des crimes commis, la reddition n’est pas acceptée, l’intéressé en sera informé en temps utile afin qu’il puisse, sous la sauvegarde de son attestation provisoire, prendre des mesures pour reprendre sa liberté.

  1. Cas particulier des déserteurs :

I – Les conditions générales fixées ci-dessous sont applicables aux déserteurs comme à tous les autres rebelles.

Elles ne permettent pas plus l’action de la justice militaire que celle de la justice civile à partir du moment où la reddition est acceptée.

II – L’autorité militaire sera consultée avant toute acceptation de reddition ; elle pourra faire opposition ; et le cas sera alors soumis à l’appréciation du MR en Algérie.

III – Le refus de reddition ne devra concerner que les cas impardonnables, la désertion étant une circonstance aggravante, mais non une condition suffisante pour entraîner, par elle-même, le refus de la reddition. L’intéressé, déserteur ou non, pourra rejoindre librement la rébellion s’il le désire, étant entendu que, si, par la suite, il est pris, sa tentative de reddition ne constituera pas ipso facto, une circonstance atténuante.

Il pourra d’ailleurs toujours, s’il le préfère, et à n’importe quel moment, se livrer à la justice, mais celle-ci restera libre de ses jugements.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

[1] Des vocabulaires de langage courant ont été mis en place dans les unités par le 3e Bureau de la 10e Région Militaire.

[2] Nous vous suggérons de créer la « journée psychologique » qui, chaque semaine, serait consacrée aux causeries d’information, à l’étude des thèmes de propagande et à la préparation des actions psychologiques.

 

[3] Kisma et Nahia correspondent généralement à un sous-quartier. Les échelons supérieurs sont la Mountaka (Zone) et la Wilaya (région comprenant un certain nombre de zones).

Author: Moi aussi

En attente

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